Le fauteuil club est un siège bas et profond, habillé de cuir de basane, reconnaissable à ses accoudoirs pleins et à son dossier enveloppant. Né en France dans les années 1920, il doit son nom aux clubs de gentlemen anglais dont les cercles parisiens imitaient l’atmosphère. Un club authentique se juge à son cuir pleine fleur, à sa garniture en crin et à sa suspension à ressorts : ce guide détaille ces critères, fourchettes de prix à l’appui.
Une invention française des années 1920
Contrairement à une idée répandue, le fauteuil club n’est pas anglais. Les clubs londoniens du XIXe siècle possédaient bien leurs profonds sièges de cuir, mais c’est dans les cercles privés français de l’entre-deux-guerres que les tapissiers parisiens mettent au point ce modèle précis : assise basse, lignes rebondies, cuir de mouton teinté à la main. Dans les catalogues de l’époque, il s’appelle d’ailleurs « le confortable », un nom qui dit tout du programme.
Sa grande décennie est celle de l’Art déco. Entre 1925 et 1939, les ateliers déclinent des silhouettes restées des classiques : dossier « moustache » aux deux bosses symétriques, dossier « chapeau de gendarme », club carré aux accoudoirs droits, club rond aux formes de tonneau. On le trouve alors autant dans les fumoirs bourgeois que dans les brasseries, les salons de barbier et les halls d’hôtel, où son cuir épais supporte un usage intensif. Cette parenté esthétique avec le fauteuil Art déco explique que les deux se marient si bien dans un même salon.
Le cuir de basane, signature du club
Le cuir traditionnel du club est la basane : une peau de mouton à tannage végétal, plus fine et plus souple que le cuir de vachette, teintée à la main à l’éponge. C’est cette teinte non uniforme qui produit, au fil des décennies, la fameuse patine nuancée — plus claire sur les accoudoirs et l’assise, plus profonde dans les creux. Un club digne de ce nom est en pleine fleur, c’est-à-dire que la surface naturelle de la peau est conservée, avec ses cicatrices et son grain irrégulier.
Méfiez-vous des appellations vagues : « croûte de cuir », « cuir reconstitué » ou « revêtement aspect cuir » désignent des matériaux qui ne patineront jamais — ils s’usent, se craquellent et pèlent. Pour comprendre les familles de cuir et leurs finitions, notre guide du fauteuil en cuir entre dans le détail. Côté entretien, une basane demande peu : dépoussiérage, lait nourrissant une à deux fois par an, et jamais de produit ménager.
Anatomie : accoudoirs pleins, dossier bas, clous tapissier
Le vocabulaire du club est précis, et chaque élément a une fonction :
- Accoudoirs pleins : larges manchettes garnies jusqu’au sol, sans piètement apparent, qui donnent au siège sa silhouette de tonneau.
- Dossier bas et incliné : il arrive à hauteur d’épaules (65 à 75 cm du sol) et invite à une posture détendue plutôt que droite.
- Assise basse et profonde : 35 à 40 cm de hauteur pour 50 à 55 cm de profondeur, sur une largeur totale de 80 à 95 cm.
- Clous tapissier : en laiton vieilli, posés un à un, ils ferment le cuir le long des bois de pied et soulignent les galbes.
- Carcasse en hêtre massif : assemblée à tenons et mortaises, elle porte des sangles de jute, des ressorts biconiques guindés au lacet de chanvre, puis une garniture de crin végétal coiffée de crin animal.
Cette construction traditionnelle explique le poids d’un vrai club : 25 à 40 kg, là où une copie en mousse sur cadre de pin dépasse rarement 20 kg.
Reconnaître un authentique club ancien
Sur le marché de l’occasion, le terme « club » est appliqué à tout fauteuil de cuir vaguement rond. Avant d’acheter, vérifiez quatre points qui ne trompent pas :
- La patine : un cuir ancien présente des nuances irrégulières, des zones éclaircies aux frottements, un léger craquelé de surface qui reste souple. Une teinte parfaitement uniforme signale une peinture récente ou un simili.
- La garniture en crin : pressez l’assise et le dossier ; le crin offre une résistance ferme et légèrement crissante, très différente du moelleux uniforme d’une mousse.
- La suspension à ressorts : en appuyant fermement au centre de l’assise, on sent les ressorts travailler, parfois avec un léger chant métallique. Retournez le fauteuil : le dessous doit être fermé d’une toile de jute, souvent grise de poussière.
- Le poids : soulevez-le. S’il se déplace d’une main, passez votre chemin.
Un cuir d’origine très fatigué n’est pas rédhibitoire : la valeur d’un club ancien tient d’abord à sa carcasse et à sa garniture. Un cuir refait par un artisan vaut mieux qu’un cuir d’origine peint pour masquer l’usure.
Prix d’un fauteuil club : du neuf à l’ancien restauré
Le marché s’étage de la copie industrielle au modèle d’époque refait à la main, avec des écarts de un à dix. Les fourchettes ci-dessous reflètent les ordres de grandeur observés en France ; pour situer le club parmi les autres familles de sièges, voyez notre dossier sur le prix d’un fauteuil.
| Catégorie | Prix indicatif | Ce que l’on obtient |
|---|---|---|
| Neuf entrée de gamme | 400 – 900 € | Croûte de cuir ou simili, garniture mousse, cadre léger |
| Neuf milieu de gamme | 900 – 1 800 € | Basane véritable, garnissage mixte mousse et ressorts |
| Neuf haut de gamme artisanal | 1 800 – 4 000 € | Basane pleine fleur teintée main, crin, ressorts guindés |
| Ancien à restaurer | 150 – 600 € | Carcasse d’époque saine, cuir et garniture fatigués |
| Ancien restauré par un tapissier | 1 200 – 3 500 € | Modèle des années 1920-1950 entièrement refait |
Les formes rares (moustache, paire d’origine, petits modèles de barbier) se négocient en haut de fourchette, voire au-delà chez les marchands spécialisés.
Restaurer un club : quand le jeu en vaut la chandelle
Une réfection traditionnelle suit toujours le même ordre : dégarnissage complet, recollage de la carcasse, ressanglage, guindage des ressorts, garniture de crin neuve ou cardée, puis pose d’une basane neuve teintée à la main. Comptez 300 à 500 € pour la seule assise, et 800 à 2 000 € pour une réfection complète cuir compris, selon la qualité de peau choisie.
Le calcul est simple : si la carcasse est saine, restaurer un club acheté 300 € revient moins cher qu’un modèle artisanal neuf équivalent, pour un siège qui repart pour plusieurs décennies — et conserve sa valeur à la revente. En revanche, un bois fendu, vermoulu ou un assemblage cassé alourdit le devis au point de dépasser la valeur du fauteuil. Avant de vous lancer, notre guide pour restaurer un fauteuil ancien détaille les étapes et les pièges des devis.
Questions fréquentes
Pourquoi appelle-t-on ce fauteuil un « club » ?
Le nom vient des clubs de gentlemen anglais, dont les cercles privés français des années 1920 imitaient l’atmosphère feutrée. Les tapissiers parisiens qui ont créé ce siège bas en cuir l’appelaient d’ailleurs « le confortable » avant que l’usage n’impose le mot club.
Comment reconnaître un fauteuil club authentique ?
Quatre indices convergent : un cuir de basane patiné par les années et non un simili uniforme, une garniture en crin que l’on sent sous la paume, une suspension à ressorts perceptible en appuyant sur l’assise, et un poids élevé, généralement compris entre 25 et 40 kg.
Quel est le prix d’un fauteuil club ?
Comptez de 400 à 900 € pour un modèle neuf d’entrée de gamme, de 1 800 à 4 000 € pour une fabrication artisanale en basane pleine fleur, et de 1 200 à 3 500 € pour un club ancien restauré dans les règles de l’art par un tapissier.
Faut-il restaurer un vieux fauteuil club ?
Oui, si la carcasse est saine : une réfection complète coûte entre 800 et 2 000 €, soit souvent moins qu’un club artisanal neuf, pour un siège qui repart pour plusieurs décennies. Si le bois est fendu ou vermoulu, le devis dépasse vite la valeur du fauteuil.