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Le fauteuil Voltaire : haut dossier, longue histoire

Par l’équipe Fauteuil.org — mis à jour le 11 juin 2026

Un fauteuil Voltaire se reconnaît au premier regard : dossier haut légèrement renversé en arrière, assise basse et profonde, accotoirs garnis terminés par des manchettes en bois apparent. Né vers 1820–1830 sous la Restauration, ce siège de lecture en hêtre ou en noyer a été produit en masse pendant tout le XIXe siècle. Conséquence honnête : sa cote reste modeste, ce qui en fait l’un des meilleurs candidats à une restauration personnelle.

Comment reconnaître un fauteuil Voltaire

Quatre caractéristiques, toujours réunies, suffisent à identifier le modèle :

  • Un dossier haut et renversé. Il monte à 100–110 cm du sol et s’incline nettement vers l’arrière, avec un léger creux au niveau des reins — un dessin pensé pour la lecture prolongée, pas pour la conversation de salon.
  • Une assise basse. Autour de 38–42 cm de hauteur, plus profonde que celle des sièges du XVIIIe siècle, garnie de ressorts sur les exemplaires postérieurs à 1840.
  • Des accotoirs à manchettes. Les bras sont garnis sur leur longueur mais s’achèvent par une crosse ou une volute de bois nu, souvent sculptée d’une simple feuille. C’est le détail qui le distingue d’un siège entièrement garni.
  • Une ceinture sobre. Traverses moulurées, pieds avant en console ou tournés, pieds arrière sabrés : l’ornement reste discret, loin de l’exubérance rocaille.

Attention à la confusion fréquente avec la bergère : celle-ci possède des joues pleines entre l’accotoir et l’assise, et un coussin posé sur la garniture. Le Voltaire, lui, laisse passer l’air sous les bras et son assise est fixe.

Né vers 1820, baptisé d’un nom posthume

Fauteuil Voltaire ancien en noyer, dossier haut renversé et accotoirs à manchettes sculptées

Le modèle apparaît sous la Restauration, vers 1820–1830, dans les ateliers parisiens qui cherchent à offrir à la bourgeoisie un siège de repos moins coûteux que la bergère. Voltaire, mort en 1778, n’a donc jamais possédé « son » fauteuil. Le nom est une trouvaille commerciale : les gravures et portraits du patriarche de Ferney — notamment l’iconographie diffusée d’après Jean Huber, qui montrait le philosophe âgé travaillant dans un siège à haut dossier — ont fixé dans l’imaginaire l’association entre le vieil homme de lettres et ce type d’assise inclinée. Vendre un « fauteuil à la Voltaire », c’était vendre une posture d’esprit autant qu’un meuble.

Le succès est immédiat et durable : sous Louis-Philippe puis Napoléon III, le Voltaire devient le fauteuil des cabinets de travail, des presbytères et des chambres de grands-parents. Cette production massive, poursuivie jusque vers 1900 et reprise par les copies du XXe siècle, explique qu’on en trouve aujourd’hui dans presque toutes les brocantes de France — et que les prix restent bas. Pour replacer le modèle dans la chronologie des sièges, voyez notre histoire du fauteuil.

Une structure en hêtre ou en noyer

La carcasse d’un Voltaire ancien est presque toujours en hêtre — bois dur, abondant, facile à tourner — parfois teinté pour imiter des essences plus nobles. Les beaux exemplaires sont en noyer ou en merisier, au veinage chaud et aux sculptures plus fines. Les assemblages sont à tenons et mortaises chevillés ; les pieds avant tournés se terminent fréquemment par des roulettes de laiton, signe d’un meuble qu’on déplaçait vers la fenêtre ou la cheminée selon l’heure.

Avant tout achat, testez la structure : saisissez le haut du dossier et imprimez un mouvement latéral. Un jeu marqué signale des assemblages décollés — réparable, mais à chiffrer (80 à 200 € de recollage en atelier). Vérifiez aussi l’absence de trous de vrillette actifs (sciure fraîche) dans la ceinture et les pieds, zones les plus exposées.

Restaurer un Voltaire : le chantier type, étape par étape

Le Voltaire est un grand classique des cours de tapisserie d’ameublement : assez grand pour tout apprendre, assez courant pour qu’une erreur ne soit pas un drame patrimonial. Une réfection traditionnelle complète suit toujours le même ordre :

  1. Dégarnissage. Dépose du tissu, des garnitures, du crin et des ressorts jusqu’au bois nu, au ciseau à dégarnir et au ramponneau. C’est long — plusieurs milliers de semences à retirer — mais révélateur de l’état réel de la carcasse.
  2. Sanglage. Pose de sangles de jute neuves, tendues au tire-sangle et entrecroisées sous l’assise.
  3. Ressorts. Couture des ressorts biconiques sur les sangles, puis guindage : chaque ressort est maintenu à la corde à guinder pour fixer la hauteur et l’élasticité de l’assise.
  4. Garniture en crin. Toile forte, mise en crin végétal, emballage, piqûre des bourrelets, puis crin animal en couche de finition sous la toile blanche. C’est l’étape la plus technique, celle qui donne au siège son galbe pour trente ans.
  5. Couverture. Pose du tissu (4 à 4,5 m en laize de 140 cm, dossier haut oblige), finition au galon, au clou décoratif ou au double passepoil.
Coût indicatif d’une réfection traditionnelle de Voltaire
Étape Contenu du travail Coût indicatif en atelier
Dégarnissage Dépose complète jusqu’au bois 80 à 150 €
Sanglage Sangles de jute neuves, tendues et croisées 40 à 80 €
Ressorts et guindage Couture, mise en hauteur, corde à guinder 100 à 180 €
Garniture en crin Crin végétal, piqûre, crin animal, toile blanche 250 à 450 €
Couverture et finitions Pose du tissu, galon ou clous 130 à 240 €
Tissu (fourniture) 4 à 4,5 m en laize de 140 cm 80 à 600 € selon l’étoffe

Soit un total de 600 à 1 100 € de main-d’œuvre, tissu en sus. Une recouverture simple — quand crin et ressorts sont sains — tombe à 300–450 €. Les gestes sont détaillés dans nos guides restaurer un fauteuil ancien (bois, finitions, traitement de la vrillette) et retapisser un fauteuil (garniture et tissus).

Restaurer, acheter restauré ou acheter à restaurer ?

Trois scénarios, trois économies différentes. Acheter à restaurer : 30 à 100 € le siège en brocante, puis 700 à 1 500 € de réfection complète tissu compris — pertinent si vous tenez à choisir l’étoffe et à faire travailler un artisan, ou si vous suivez vous-même un cours de tapisserie (le chantier demande alors 60 à 100 heures, fournitures autour de 250 €). Acheter restauré : 400 à 900 € chez un tapissier ou un antiquaire — souvent moins cher que de faire restaurer, car le professionnel a acquis le siège pour presque rien ; exigez de savoir si la garniture est traditionnelle (crin) ou refaite en mousse. Acheter neuf « de style » : 300 à 700 €, structure en hêtre et mousse polyuréthane — l’allure sans la patine ni la durabilité du crin.

La logique économique est contre-intuitive : faire restaurer un Voltaire coûte presque toujours plus cher que d’en acheter un déjà refait. On restaure pour la valeur d’usage et d’attachement — le fauteuil de famille — pas pour la plus-value.

Quelle valeur sur le marché ? Un constat sans complaisance

Disons-le clairement : le Voltaire n’est pas un placement. L’offre est surabondante — successions, vide-greniers, salles des ventes en regorgent — et la demande, portée par le retour du mobilier de seconde main, ne suffit pas à tendre les prix. En vente aux enchères courante, un Voltaire en hêtre au tissu fatigué part régulièrement entre 20 et 60 € ; un beau noyer sculpté à garniture saine atteint 150 à 300 € ; seules les paires homogènes ou les variantes rares (Voltaire d’enfant, modèles à crémaillère) dépassent 400 €.

Cette cote modeste est une chance pour l’acheteur : pour le prix d’un fauteuil neuf d’entrée de gamme, on s’offre un siège centenaire, réparable indéfiniment, dont la garniture refaite durera plus que n’importe quelle mousse. Pour situer ces montants dans l’ensemble du marché, consultez notre page prix d’un fauteuil.

Questions fréquentes

Comment reconnaître un fauteuil Voltaire ?

Trois traits le signent : un dossier haut légèrement renversé en arrière, une assise basse et profonde, et des accotoirs garnis terminés par des manchettes en bois apparent, souvent en crosse. La ceinture est généralement moulurée, jamais sculptée de façon exubérante.

Pourquoi ce fauteuil porte-t-il le nom de Voltaire ?

Le modèle naît vers 1820–1830, sous la Restauration, bien après la mort du philosophe en 1778. Les marchands l’ont baptisé ainsi en référence aux portraits montrant Voltaire âgé, lisant dans un siège à haut dossier incliné : un argument commercial jouant sur l’image du lettré.

Combien coûte la restauration complète d’un Voltaire ?

Une réfection traditionnelle complète chez un tapissier revient à 600 à 1 100 € de main-d’œuvre, plus 4 à 4,5 m de tissu, soit 80 à 600 € selon l’étoffe. Une simple recouverture sur garniture saine descend à 300–450 €.

Quelle est la cote d’un fauteuil Voltaire ancien ?

Elle reste modeste, car l’offre est abondante : ces sièges ont été produits en masse durant tout le XIXe siècle. Comptez 30 à 100 € pour un exemplaire à restaurer en brocante, et 400 à 900 € pour un Voltaire entièrement refait par un professionnel.