Un fauteuil en velours n’est pas un achat uniforme : entre un velours de coton qui marque dès la première assise et un velours ras 100 % polyester quasi inusable, l’écart d’usage est considérable. Ce guide compare les huit grandes familles de velours, explique pourquoi la couleur change avec la lumière, comment réagir face à une tache, quelle routine d’entretien adopter et quel budget prévoir, de 250 € à plus de 2 500 €.
Huit familles de velours, huit caractères
Le velours n’est pas une fibre mais un tissage : un fil supplémentaire forme des boucles qui sont ensuite rasées pour créer le poil dressé caractéristique. La fibre employée et la hauteur de ce poil déterminent tout le reste — toucher, tenue, prix, entretien.
Le velours de coton est le classique des tapissiers : profond, mat, chaleureux, mais il marque vite et se lustre aux accoudoirs. Le velours de soie, réservé aux pièces d’apparat, offre des reflets incomparables et une fragilité à la mesure de son prix. Le velours de lin joue la carte du chic décontracté, légèrement froissé, aux nuances irrégulières. Le velours polyester, souvent tissé très serré, domine aujourd’hui le marché : il résiste aux frottements, aux taches et aux animaux pour un prix contenu. Le velours ras (poil de 1 à 2 mm) est le plus endurant des tissages ; le velours côtelé assume son esprit seventies avec ses côtes de 2 à 8 mm ; le velours gaufré porte des motifs écrasés à chaud, décoratifs mais sensibles à l’usure ; enfin le mohair, issu de la chèvre angora, est le plus résistant des velours naturels — ce n’est pas un hasard si les fauteuils de cinéma et de théâtre en sont garnis depuis un siècle.
| Velours | Toucher | Tenue dans le temps | Prix indicatif (fauteuil) | Entretien |
|---|---|---|---|---|
| Coton | Mat, dense, chaud | Marque et se lustre, belle patine | 500 – 1 200 € | Délicat, à sec de préférence |
| Soie | Soyeux, reflets changeants | Fragile, usage d’apparat | 2 500 € et plus | Professionnel uniquement |
| Lin | Sec, nuancé, vivant | Bonne, froissé assumé | 1 200 – 2 500 € | Délicat, brossage doux |
| Polyester | Lisse, parfois brillant | Excellente, peu de marques | 250 – 700 € | Facile, eau savonneuse possible |
| Velours ras | Court, ferme | Excellente, usage intensif | 300 – 900 € | Facile, aspirateur régulier |
| Côtelé | Strié, souple | Bonne, côtes qui s’écrasent | 350 – 900 € | Moyen, brosser dans le sens des côtes |
| Gaufré | Relief en creux | Moyenne, motifs sensibles | 400 – 1 000 € | Délicat, jamais de vapeur forte |
| Mohair | Dru, presque sec | Exceptionnelle (50 ans et plus) | 2 000 – 4 000 € | Aspirateur doux, pro pour les taches |
Lumière, sens du poil et marques d’assise
Le velours ne se comporte comme aucun autre tissu face à la lumière. Selon que le poil est couché vers vous ou à l’opposé, la même teinte paraît sombre et profonde ou claire et brillante. Les tapissiers parlent de sens du poil : sur un fauteuil bien confectionné, tous les panneaux sont coupés dans le même sens, généralement poil descendant, ce qui assombrit légèrement la couleur et limite l’encrassement. Avant d’acheter, observez le fauteuil sous plusieurs angles et à la lumière du jour : un bleu canard peut tirer vers le pétrole le matin et vers l’émeraude le soir.
Cette mobilité du poil a une conséquence qu’il faut accepter d’emblée : les marques d’assise. Là où l’on s’assoit, le poil se couche en plis irréguliers qui accrochent la lumière différemment. Ce n’est ni un défaut de fabrication ni une usure prématurée — c’est la signature du velours, particulièrement visible sur le coton et les teintes unies foncées. Une vapeur légère suivie d’un brossage doux redresse le poil, mais sur les fibres naturelles les marques reviendront. Qui ne le supporte pas devrait s’orienter vers un velours ras synthétique, presque insensible au phénomène, ou vers un fauteuil en tissu plat.
Taches : un textile qui se traite à sec d’abord
La règle d’or sur le velours : jamais détremper, jamais frotter. L’eau en excès couche le poil de façon définitive et laisse des auréoles, le frottement le feutre. On tamponne, on absorbe, on traite à sec autant que possible.
Pour une tache grasse — beurre, sauce, cosmétique —, la terre de Sommières reste la meilleure réponse : saupoudrez généreusement, laissez agir deux à trois heures, aspirez à faible puissance, recommencez si besoin. Pour un liquide, absorbez immédiatement avec un chiffon blanc en tamponnant du bord vers le centre, puis traitez si nécessaire avec une mousse de savon de Marseille à peine humide. Les fibres naturelles (coton, lin, soie, mohair) sont nettement plus délicates que le polyester : au moindre doute, testez sur l’arrière du dossier, et confiez la soie et le mohair à un professionnel. Sur un velours polyester, une eau tiède légèrement savonneuse, appliquée à l’éponge essorée, vient à bout de la plupart des accidents domestiques.
Sur une tache fraîche, le réflexe vaut mieux que le produit : 80 % du résultat se joue dans les deux premières minutes d’absorption. Gardez la terre de Sommières (4 à 6 € le pot) à portée de main.
Velours et animaux : le vrai du faux
Contrairement à sa réputation de matière précieuse, le velours est l’un des textiles les plus compatibles avec les animaux — à condition de bien le choisir. Le velours ras polyester tissé serré n’offre aucun fil tiré possible : le poil est coupé, les griffes de chat glissent au lieu d’accrocher, et un coup de brosse retire les poils d’animaux qui ne s’incrustent pas dans la trame comme sur un bouclé ou un tweed. Beaucoup d’éleveurs et de vétérinaires le recommandent d’ailleurs avant le cuir.
Le tableau est moins flatteur côté fibres naturelles. Le velours de coton marque : un chien qui saute sur l’assise y laisse des zones couchées, et les griffes, même légères, finissent par lustrer les accoudoirs. Le velours côtelé à grosses côtes donne prise aux griffes dans les sillons. Quant au mohair et à la soie, leur prix interdit raisonnablement la cohabitation. En résumé : avec un chat ou un chien, velours ras synthétique sans hésiter ; le coton seulement si vous acceptez la patine ; le reste, non.
La routine d’entretien qui garde le poil vivant
Un velours entretenu dix minutes par semaine reste beau vingt ans ; négligé, il grisaille en deux. La routine tient en trois gestes :
- Brosse douce (type brosse à habit en poils naturels) une fois par semaine, toujours dans le sens du poil, pour décoller poussière et poils d’animaux.
- Aspirateur avec embout textile, puissance réduite, tous les quinze jours : la poussière incrustée est le premier facteur de grisaillement et d’abrasion du poil.
- Vapeur légère une à deux fois par an : passez le jet à 15-20 cm de la surface, sans contact ni saturation, puis brossez pour redresser le poil couché et raviver la couleur. Jamais de vapeur sur un velours gaufré, dont elle effacerait les motifs.
Complétez par une rotation des coussins d’assise quand le modèle le permet, et tenez le fauteuil à distance d’une fenêtre plein sud : les teintes riches du velours, notamment les bleus et les verts, pâlissent sous les UV. Pour les nettoyages plus poussés, notre guide nettoyer un fauteuil en tissu détaille la marche à suivre tache par tache.
Quel budget pour un fauteuil en velours ?
L’entrée de gamme démarre vers 250 € : velours polyester, mousse standard, piètement en bois ou métal — correct pour une chambre d’amis, à condition de vérifier la densité d’assise (30 kg/m³ minimum). Entre 500 et 1 200 €, on trouve des fauteuils en velours de coton sur structure en bois massif, avec suspensions à ressorts ou sangles de qualité : c’est la zone du meilleur rapport durée/prix. De 1 200 à 2 500 €, les éditeurs proposent velours de lin, cotons haut de gamme et finitions de tapissier. Au-delà, mohair et soie règnent sur des pièces d’exception ou des rééditions de fauteuils Art déco, période qui a porté le velours à son sommet.
Autre voie, souvent plus gratifiante : faire retapisser un fauteuil ancien. Un crapaud ou un cabriolet chiné se regarnit en velours pour 600 à 1 200 € de façon, plus le tissu — de 40 €/m pour un polyester d’ameublement à 200 €/m et davantage pour un mohair d’éditeur. Comptez 3 à 5 m selon le modèle.
Questions fréquentes
Le velours est-il adapté à un usage quotidien ?
Oui, à condition de choisir la bonne famille. Un velours ras 100 % polyester ou un mohair tissé serré encaisse un usage quotidien pendant des années. Le velours de coton convient aussi, mais il marquera : plis d’assise et zones lustrées font partie de sa patine. Réservez la soie et les velours gaufrés fins aux fauteuils d’appoint peu sollicités.
Comment faire disparaître les marques d’assise sur un velours ?
Passez un jet de vapeur légère à 15-20 cm du tissu, sans détremper, puis redressez le poil avec une brosse souple en suivant son sens. Laissez sécher à l’air libre. Sur un velours de coton, répétez l’opération une fois par mois : les marques s’atténuent mais ne disparaissent jamais totalement, c’est le comportement normal de cette fibre.
Un fauteuil en velours convient-il avec un chat ?
Le velours ras en polyester tissé serré est l’un des meilleurs choix avec un chat : pas de fils tirés possibles car le poil est coupé, les griffes légères glissent et les poils d’animaux se retirent d’un coup de brosse. Évitez en revanche le velours de coton, qui marque, et le velours côtelé à grosses côtes, où les griffes trouvent prise.
Quel prix pour un fauteuil en velours de qualité ?
Comptez 250 à 500 € pour un modèle en velours polyester correct, 500 à 1 200 € pour un fauteuil en velours de coton avec une structure en bois massif, et 1 200 à 2 500 € chez un éditeur pour un velours de lin ou un coton haut de gamme. Un mohair ou une soie sur fauteuil d’éditeur dépasse souvent 2 500 €.